"Cela n'a aucun sens"

Combien de fonctionnaires et d’agents publics sommes-nous à nous être déjà formulé ce constat ? “Cela n’a aucun sens, ou cela a un sens qui n’est pas celui de nos services publics” : austérité, management bureaucratique,absence de marges de manœuvre, etc. Autant d’obstacles au soin, à l’éducation, à la lutte contre le changement climatique ou à la protection sociale de la population...bref : à la mise en œuvre du service public pour lequel nous nous sommes engagé·e·s.

Contradictions politiques et contradictions personnelles

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Depuis plusieurs années, c’est comme si le « consensus» sur la gestion de nos services publics était omniprésent : « sérieux » budgétaire,« restitutions » d’emplois publics, le tout mélangé en une « modernisation publique» dont on peine parfois à saisir la finalité. On nous exhorte à garantir la « qualité de service » sans nous donner les moyens de le faire ? On nous demande de « mettre l’usager au centre » mais, surtout, d’obéir à la hiérarchie ? L’injonction contradictoire devient un mode de management, la perte de sens un quotidien dont on a du mal à s’affranchir.

La crise sanitaire aggrave le plus souvent ces contradictions. Le rôle de l’État n’a jamais été aussi nécessaire, et la défiance envers les institutions publiques jamais aussi élevée. La « gestion » passée de nos services publics apparaît plus problématique que jamais, mais on nous fait comprendre qu’il est urgent de continuer comme avant : absence de projection à moyen et long terme, faiblesse générale de la réflexion sur les besoins réels des citoyennes et des citoyens, difficultés à exprimer son avis du fait d’une conception très extensive du “devoir de réserve”. Ces contradictions,nous les ressentons aussi personnellement. Comme si l’hémisphère “professionnel”de notre cerveau était en contradiction croissante avec son hémisphère “citoyen”.

Mettre au jour et agir contre les dysfonctionnements institutionnalisés de nos administrations

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Ces contradictions sont parfois le fruit de choix politiques délibérés que, dans l’exercice de nos fonctions, nous sommes chargés de mettre en œuvre. Elles sont parfois également la conséquence de dysfonctionnements administratifs dont nous, agents et cadres de l’administration, sommes les rouages. Dans un cas comme dans l’autre, elles contribuent à réduire l’efficacité des politiques publiques, à faire perdre aux agents publics le sens de leur engagement ainsi qu’à saper durablement la confiance de nos concitoyen·ne·s dans les pouvoirs publics.

Nous avons décidé d’arrêter de subir cette perte de sens. Nous pensons que nous avons un rôle à reprendre pour décrypter ces dysfonctionnements et redonner au service public toute la place, la signification et l’impact qui font que nous nous y sommes engagé·e·s. Il faut que nous assumions l’évidence: notre travail est politique. Nos lieux de travail sont des lieux politiques. Et les problèmes qui les parcourent sont des sujets publics, dont il nous semble nécessaire que la société puisse prendre connaissance et se saisir pour trouver les solutions les plus appropriées.

Avec une centaine d’agents des services publics, fonctionnaires ou contractuel·le·s participant, au sein de l’administration, à la conception et à la mise en œuvre des politiques publiques de l’état, des collectivités territoriales,des hôpitaux, de la sécurité sociale etc.nous nous constituons aujourd’hui en collectif.

La loyauté, c’est dire les problèmes plutôt que de les occulter

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Nous constituer en collectif est un prolongement de notre action quotidienne au service du public et de notre loyauté à l’intérêt général. Un collectif pour nous rassembler et réfléchir ensemble tout d’abord. Afin de nous donner les outils et de trouver les appuis pour changer les choses, au quotidien. Un collectif pour intervenir dans le débat public ensuite : pour y faire entendre une voix “de l’intérieur” et issue de milieux en général peu syndiqués ; pour y analyser des politiques publiques parfois obscures; pour y porter et défendre une autre idée du service public.

Nous constituer en collectif, c’est également porter publiquement la nécessité de l’organisation collective, même dans les milieux d’où le syndicalisme est largement absent. De retrouver la démarche de se parler, par delà les statuts, les appartenances à tel ou tel secteur ou service, engagé·e·s, syndiqué·e·sou non. On découvre la ou le collègue qui pense comme nous mais qui le tait. Et nous redécouvrons l’essentiel : nous ne sommes pas seul·e·s.

Les problèmes que nous rencontrons ne sont pas isolés. Et nous avons la capacité de faire changer les choses, en commençant par mettre des mots, publiquement, sur les orientations absurdes de nos politiques publiques, sur un fonctionnement pesant qui nous empêche d’être actrices et acteurs, et sur le lien entre les deux.

Avec vous ?

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La crise actuelle, sanitaire, économique, sociale et environnementale nous oblige. Ses conséquences politiques et démocratiques n’en sont qu’à leurs prémices, et déjà la défiance s’installe et le fossé se creuse entre les besoins des gens et les résultats des politiques publiques. Nous n’avons pas de solution miracle, mais une certitude : nous pouvons construire ensemble les moyens d’y faire face.

Analyses, interpellations, constructions d’outils pour changer concrètement nos pratiques. Autant de pistes que nous avons commencé à explorer, sur l’aide médicale d’État, l’externalisation dans les services publics ou la perte de sens des agents des administrations.

Rejoignez-nous ! Notre capacité à changer les pratiques de l’administration dépendra aussi de notre présence dans tous les secteurs et toutes les catégories de l’administration. Notre collectif gagnera en poids et en pertinence pour chaque nouvelle expérience, énergie ou bonne volonté qui le rejoindra pour défendre une autre conception de l’Etat et des services publics.

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